Histoire du monument

Territoire gascon aux paysages lumineux, aux doux reliefs vallonnés, la Lomagne est aussi, dès le Xe siècle, une entité féodale, une vicomté seulement rattachée au domaine royal au début du XVIIe siècle.

 

Lieu d'un fort développement urbain, avec l'essor des bastides et autres villes franches aux XIIIe et XIVe siècles, ce pays situé dans une zone frontalière pendant les hostilités franco-anglaises, voit aussi naître un nombre important de « castelnaus », nouvelles implantations fortifiées dues à de petits seigneurs locaux, et le renforcement d'édifices antérieurs sous une forme caractéristique, dites « châteaux gascons » ou « tours-salles » pour les plus modestes.

 
Le château de Gramont relève, pour une part, de cette typologie d'édifices à l'architecture spécifique: un plan rectangulaire, avec une grande salle à l'étage et tours de flanquement. L'histoire du lieu a fait évoluer le château gascon initial en une vaste demeure Renaissance, mais les structures médiévales sont largement présentes avec la tour carrée et le châtelet.

Gramont est mentionné pour la première fois dans les archives en 1215. Simon de Montfort, ce hobereau francilien devenu chef des armées royales pour lutter contre l'hérésie albigeoise, s'étant rendu maître d'un grand nombre de fiefs languedociens, remit à un certain Eudes de Montaut la seigneurie de Gramont. Inféodé à la nouvelle autorité, Eudes prêta serment le jour même et sa descendance conserva les terres de Gramont jusqu'en 1491.

Érigé en baronnie, le domaine de Gramont revint alors à la famille de Voisins, par le mariage de Françoise de Montaut avec Guillaume de Voisins. Diverses alliances, dont le mariage au milieu du XVIe siècle d'Aymeric de Voisins avec une filleule de Catherine de Médicis, permirent aux Voisins de conserver Gramont jusqu'au début du XVIIe siècle: par le jeu de successions complexes, la baronnie resta toutefois dans la famille éloignée jusqu'à la Révolution.

 

Après cette période troublée, où l'un des propriétaires du château finit d'ailleurs sur l'échafaud, les héritiers du domaine se séparèrent de Gramont à la fin du XIXe siècle. Objet d'une restauration dans le goût du temps, mêlant le style néo-Renaissance au style troubadour, par les soins de M.de La Fontan de Goth vers 1880, Gramont connut à partir des années 1900 plusieurs propriétaires négligents qui laissèrent le château à l'abandon, jusqu'à son acquisition, en 1961, de M. et Mme Roger Dichamps.

Ce couple installé en Auvergne, après un premier chantier de restauration, s'établit à Gramont pour sauver de la ruine le château des Montaut. Un travail gigantesque de dégagement des ruines, de consolidation des maçonneries fut entrepris, suivi d'aménagements des espaces intérieurs. Mobilier et objets d'art des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles vinrent enrichir la demeure, agrémentée d'élégants jardins dans le goût Renaissance. Cette oeuvre accomplie avec une immense passion et un profond désintéressement fut donnée en 1979 à la Caisse des monuments historiques et des sites.

 

 

Présentation du monument

Situé sur une crête dominant la vallée de l'Arratz, petit cours d'eau délimitant une frontière naturelle entre le pays toulousain et celui de Condom, le château de Gramont présente donc deux témoignages architecturaux bien distincts.

De l'époque médiévale, subsiste tout d'abord la tour sud-est, dite de Simon de Montfort. Très remaniée, privée de son couronnement, munie d'éléments défensifs du XIVe siècle (bretèche), elle pourrait être un vestige du château remis à Eudes de Montaut au début du XIIIe siècle. Le bâtiment qui lui est accolé, d'un plan caractéristique du château gascon, a lui aussi subi de profonds remaniements.

Ses façades ont été agrémentées au XIXe siècle d'échauguettes, de larges fenêtres à meneaux décorés de vitraux à décor héraldique, surmontées de meurtrières à étrier. Le portail à bossage, du XVIIe siècle, masque l'ancien accès médiéval encore pourvu à l'intérieur de son système de défense. Il donne un aspect assez majestueux à cette entrée, avec son fronton brisé surmonté du blason des Montant. Au sud-ouest, un corps de logis en retour, comportant encore quelques vestiges médiévaux, dont une élégante fenêtre trilobée au rez-de-chaussée, communique avec la construction engagée entre 1530 et 1545 environ.

 
L'adoption des schémas architecturaux de la Renaissance pour le nouveau logis se traduit par l'ordonnancement des façades, rythmées sur deux étages par une alternance de grandes baies à croisées et de fenêtres plus étroites à meneau unique, surmontées d'un entablement mouluré ou d'un fronton triangulaire. Une corniche, composée de corbeaux à ressauts, ponctuée de gargouilles d'esprit encore très gothique, court sous les toitures que leur faible pente dissimule presque totalement aux yeux du visiteur. Le décor sculpté accorde une grande place aux pilastres à chapiteaux ioniques ou corinthiens, aux colonnes cannelées, aux motifs géométriques (losanges, cercles). C'est surtout sur la façade nord, dotée de deux pavillons en saillie, que se découvre un décor plus figuratif: têtes de chérubins, personnages en ronde bosse, en médaillons.

Un soin particulier a été apporté à la composition de la porte d'entrée de la façade sur cour, ouvrant à l'escalier principal. Sous un haut fronton triangulaire, deux portes donnent accès au premier palier. Chacune est surmontée d'un linteau orné de demi-losanges et de pilastres adossés à chapiteaux composites. Entablement et fronton uniques créent l'unité de l'ensemble, accentuée par le décor symétrique au-dessus de chaque ouverture: personnages nus tenant un blason, cartouches en forme de tabulae antiques.

L'escalier d'honneur présente un étonnant compromis entre tradition gothique et modernité: l'escalier rampe sur rampe, largement utilisé dans ce deuxième tiers du XVIe siècle, est ici couvert d'une voûte d'ogives moulurées dont la retombée est soit ancrée dans le mur d'échiffre, soit supportée par un culot aux motifs Renaissance. Les profondes modifications des espaces intérieurs rendent aujourd'hui assez peu aisée la lecture de leur distribution initiale, même si la grande salle du premier étage a retrouvée son volume du XVIe siècle.